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L'Europe à l'épreuve des tronçonneuses
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L'Europe à l'épreuve des tronçonneuses

Amende record contre X : Elon Musk attaque l’Union européenne et réclame sa dissolution

Amende record contre X : Elon Musk attaque l’Union européenne et réclame sa dissolution

09 décembre 2025

Elon Musk, entrepreneur iconoclaste ou dynamiteur politique assumé ?

Une sanction européenne, une réaction démesurée

L’amende de 120 millions d’euros infligée par la Commission européenne à la plateforme X n’est pas passée inaperçue. Contrairement à ceux qui imaginaient Elon Musk hausser les épaules ou régler l’addition en silence, le milliardaire a choisi l’escalade. Durant le week-end suivant la décision, il a multiplié les attaques contre l’Union européenne, allant jusqu’à appeler explicitement à sa dissolution, relayant même un message assimilant l’UE à un prétendu « Quatrième Reich ».

Une sortie de plus dans une série qui, depuis longtemps, n’a plus rien de marginal.

La provocation comme mode opératoire

Elon Musk n’a jamais cultivé la retenue. Accusations publiques de pédophilie valant une plainte en diffamation, soutien affiché à l’AfD en Allemagne, gestes ambigus lors de l’investiture de Donald Trump : la provocation est devenue sa signature politique autant que médiatique.

L’image d’un entrepreneur fantasque mais inoffensif — celui qui faisait des apparitions décalées dans The Big Bang Theory ou se mettait en scène comme bienfaiteur — appartient désormais au passé. À sa place : un acteur politique brutal, conscient de son audience, et manifestement décidé à tester les limites de l’acceptable.

Ce que reproche réellement l’UE à X

La sanction européenne repose sur le Digital Services Act (DSA), et non sur une lubie bureaucratique. Bruxelles reproche à X plusieurs manquements sérieux :

  • la monétisation abusive de la coche bleue, vendue sans contrôle d’identité fiable, facilitant l’usurpation et la tromperie ;
  • l’absence de registre public transparent des publicités ;
  • le blocage de l’accès aux données pour les chercheurs, pourtant essentiel à l’analyse de phénomènes d’intérêt public.

Ces obligations visent un objectif clair : protéger l’espace démocratique, lutter contre la désinformation et maintenir un minimum de confiance dans les plateformes numériques opérant sur le territoire européen.

Washington contre Bruxelles, épisode suivant

La réaction américaine ne s’est pas fait attendre. Le secrétaire d’État Marco Rubio, s’exprimant — ironie intacte — sur X, a dénoncé une « attaque de gouvernements étrangers contre les plateformes technologiques américaines », affirmant que « l’ère de la censure des Américains en ligne est révolue ».

Un discours classique à Washington, où chaque sanction européenne contre un géant de la tech ravive le fantasme d’une guerre réglementaire transatlantique. Pour Musk, déjà prompt à l’indignation performative, cette séquence était une occasion rêvée d’en rajouter.

Liberté d’expression ou irresponsabilité politique ?

Appeler à la dissolution de l’Union européenne au nom d’une souveraineté prétendument confisquée n’est plus une simple sortie polémique : c’est un positionnement politique explicite. La Commission européenne, par la voix de sa porte-parole Paula Pinho, a rappelé un point essentiel — non sans une pointe d’ironie : ce type de propos relève précisément de la liberté d’expression que l’UE protège, y compris lorsqu’ils sont outranciers.

Encore faut-il assumer les conséquences politiques de cette liberté.

Une réception glaciale en Europe… et enthousiaste ailleurs

En Europe, les réactions ont été nettement moins indulgentes. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a qualifié les propos de Musk d’« irresponsables et dangereux », soulignant leur potentiel impact géopolitique. Une inquiétude renforcée par le soutien public de Dmitri Medvedev, proche du Kremlin, dont l’enthousiasme ne laisse guère place au doute sur l’usage stratégique de telles déclarations.

Quand Moscou applaudit, l’alarme n’est jamais loin.

Le droit européen ne négocie pas avec les egos

Une chose demeure inchangée : le droit européen s’applique, indépendamment de la fortune, de la notoriété ou du volume sonore de ceux qu’il contraint. Les géants de la tech peuvent vociférer, menacer ou provoquer. Les règles, elles, restent.

Elon Musk peut manier la tronçonneuse rhétorique avec virtuosité. Face au droit, cela reste un outil bruyant, pas une arme.