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Acquisition d'Infracos par Phoenix Tower International : souveraineté numérique et infrastructures télécoms
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Acquisition d'Infracos par Phoenix Tower International : souveraineté numérique et infrastructures télécoms

Quand les fondations du réseau mobile français passent sous contrôle américain

ACQUISITION D'INFRACOS PAR PHOENIX TOWER INTERNATIONAL

Une saillie technique américaine supplémentaire soutenue par Blackstone & BlackRock.

Chronologie & Contexte de l'Opération

Le rachat définitif d'Infracos par Phoenix Tower International (PTI), finalisé le 23 décembre 2025, marque un tournant majeur dans la structuration du marché français des infrastructures télécom passives. Infracos, coentreprise créée en 2014 entre Bouygues Telecom et SFR pour mutualiser les coûts d'infrastructure en zones semi-denses, transfère désormais environ 3 700 sites (~6,5% du parc total français des pylônes, toits-terrasses, antennes 4G/5G) sous contrôle d'un investisseur américain soutenu par les plus grands fonds d'infrastructure au monde.

L'opération s'inscrit dans un calendrier réglementaire compressé : notification à l'Autorité de la concurrence française en septembre 2025, autorisation sans restrictions le 4 novembre 2025, puis clôture deux mois plus tard. Cette trajectoire accélérée révèle un consensus réglementaire sur l'absence d'enjeux concurrentiels conflictuels, contrastant fortement avec les débats soulevés par l'opération elle-même aux niveaux stratégiques et politiques.

Dimension Économique & Business

Valorisation et flux financiers

La transaction, estimée entre 800 millions et 1 milliard d'euros, valorise les actifs à environ 300 000 euros par site, modalité standard sur ce segment infrastructurel. Pour les vendeurs, les bénéfices financiers sont stratégiques mais différenciés. SFR (détenu par Altice) reçoit 480 millions d'euros bruts, argument clé du plan de refinancement d'Altice visant à ramener sa dette de 15 milliards à 13 milliards d'euros avant une éventuelle vente de l'opérateur lui-même. Bouygues Telecom, quant à elle, dégage 300 à 350 millions d'euros de réduction nette d'endettement, consolidant sa stratégie de cession progressive d'actifs non essentiels.

Modèle économique sous-jacent

L'émergence de ce type de transaction reflète une remise en cause profonde du modèle intégré des opérateurs télécoms traditionnels. Les tours de télécommunications, longtemps perçues comme un actif opérationnel nécessaire, sont devenues une classe d'actifs distincte : capitalistique intensive, à faible risque, générant des revenus contractuels long terme indexés, et susceptible de consolidation par des tiers spécialisés. Cette décomposition verticale — où les opérateurs cèdent l'infrastructure et conservent la relation client et les services 5G — répond à une logique d'optimisation du capital et d'allocation disciplinée des ressources d'investissement.

Phoenix Tower International, fondée en 2013, incarne ce modèle. Supportée par les fonds tactiques de Blackstone (recapitalisation de 1,4 milliard de dollars en 2020), ainsi que par BlackRock, Wren House, Grain Management et USS, la société opère désormais plus de 33 000 tours mondialement, dont environ 10 000 en France post-acquisition. Son expansion française, d'abord via une joint-venture avec Bouygues en 2020 (Phoenix France Infrastructures, près de 4 000 pylônes prévus d'ici 2031), se consolide avec cette acquisition majeure.

Dimension Technique & Opérationnelle

Continuité de service et modèle de location

D'un point de vue opérationnel, l'acquisition ne suppose aucun démantèlement infrastructurel. Les 3 700 sites restent en place ; SFR et Bouygues transitent simplement du statut de propriétaires à celui de locataires long terme de ces infrastructures passives. Cette transformation contractuelle maintient la couverture territoriale et les déploiements 4G/5G sans rupture.

Le modèle de location à PTI, comme pour toute TowerCo (société de tours de télécommunications), repose sur la neutralité : l'exploitant accepte les clients (opérateurs mobiles, collectivités pour IoT, surveillance, etc.) et optimise l'utilisation des sites par la colocation. Ce modèle contraste avec les pylônes propriétaires des opérateurs, souvent construits pour un seul client et sous-utilisés.

Mutation technique impliquée

Les zones couvertes par Infracos — moyennes denses, semi-rurales, rurales — exigent une ingénierie d'infrastructures différente des zones urbaines. Ces sites, jugés moins rentables par des opérateurs concentrés sur la densité client, deviennent des actifs génériques pour une TowerCo multi-clients, justifiant économiquement leur maintenance et leur modernisation progressive vers la 5G.

Dimension Réglementaire & Concurrence

Autorisation sans conditions

L'Autorité de la concurrence française, dans sa décision du 4 novembre 2025, a autorisé l'opération sans imposer de conditions restrictives. Son analyse conclut que l'acquisition de 3 736 sites par PTI (le détourage de certains sites avant cession ayant réduit le périmètre) n'est pas de nature à porter atteinte à la concurrence sur les marchés concernés.

Ce verdict reflète une lecture selon laquelle le marché français des infrastructures passives dispose d'une concurrence suffisante : Cellnex Telecom, Totem (filiale d'Orange), On Tower France, Hivory, ATC France et TDF y opèrent déjà. Les TowerCo détiennent collectivement une part majoritaire des toits-terrasses et près de la moitié des pylônes nationaux.

Contrôle des investissements étrangers

L'opération a reçu l'aval du ministère de l'Économie au titre du contrôle des investissements étrangers. Contrairement aux semi-conducteurs ou aux capacités cloud sensibles, les infrastructures de tours passives ne sont pas classées parmi les secteurs à restriction stricte. Cette absence de blocage révèle une asymétrie doctrinale : des segments numériques stratégiques sont protégés, tandis que leurs fondations physiques demeurent traitées comme des actifs commerciaux ordinaires.

ARCEP et continuité réglementaire

L'ARCEP, garante de la qualité de service et des obligations de couverture, a validé la modification des accords de partage de réseaux consécutive à l'opération. L'autorité conserve ses prérogatives techniques, mais n'intervient pas sur la propriété patrimoniale des infrastructures.

Dimension Stratégique : Souveraineté Numérique

L'acquisition d'Infracos cristallise un paradoxe structurel : la rationalité économique et la souveraineté fonctionnent sur des temporalités incompatibles. La logique business — mutualisation, optimisation du capital, accélération de la 5G — est irréprochable. La logique stratégique interroge : qui détient et arbitre les fondations physiques de la couverture mobile nationale ?

PTI, pilotée par des fonds institutionnels américains, répond à une logique de rendement global et d'allocation de capital géographiquement flexible. Ces priorités n'alignent pas mécaniquement avec les impératifs français d'aménagement du territoire ou de résilience en cas de crise.

Au-delà de la conformité réglementaire, se pose une question d'arbitrage souverain. Les décisions d'investissement, autrefois prises par des groupes français intégrés, relèvent désormais d'une stratégie patrimoniale étrangère. À moyen terme, cette extériorité constitue un risque systémique discret mais réel.

L'opération révèle enfin un vide doctrinal européen. Alors que l'Union européenne se dote de politiques industrielles sur les semi-conducteurs ou le cloud, les infrastructures passives télécoms demeurent un angle mort stratégique.


Références

FrenchWeb – « Derrière les tours télécoms, une question stratégique de souveraineté »
https://www.frenchweb.fr/derriere-les-tours-telecoms-une-question-strategique-de-souverainete/459526

Autorité de la concurrence – Décision 25-DCC-218 (2025-11-04)
https://www.autoritedelaconcurrence.fr/sites/default/files/integral_texts/2025-11/25-204-Publique%20d%C3%A9cision%2025DCC218.pdf

CFNews Infra – « Les pylônes de SFR et Bouygues Telecom captent un repreneur »
https://www.cfnewsinfra.net/Les-Alertes-de-CFNEWS-INFRA/Les-pylones-de-SFR-et-Bouygues-Telecom-captent-un-repreneur-512574

Bouygues Telecom – Communiqué de presse (2025-07-30)
https://www.corporate.bouyguestelecom.fr/archives-communique-presse/bouygues-telecom-et-sfr-entrent-en-negociations-exclusives-avec-phoenix-tower-international-en-vue-de-lui-ceder-leur-societe-commune-infracos/

CFTC SFR – « SFR et Bouygues annoncent la vente d’Infracos »
https://www.cftcsfr.fr/sfr-et-bouygues-annoncent-la-vente-dinfracos/

PRNewswire – Phoenix Tower International clôture l’acquisition d’Infracos
https://www.prnewswire.com/news-releases/phoenix-tower-international-closes-on-the-acquisition-of-approximately-3-700-sites-from-bouygues-telecom-and-sfr-302649285.html

Blackstone – Phoenix Tower International Capital Raise ($1.4B)
https://www.blackstone.com/news/press/blackstone-announces-1-4-billion-final-close-of-phoenix-tower-international-capital-raise/

Frandroid – « SFR et Bouygues se débarrassent de leurs tours télécoms »
https://www.frandroid.com/services/operateurs-mobiles/2622143_sfr-et-bouygues-se-debarrassent-de-leurs-tours-telecoms-en-zone-rurale-faut-il-sinquieter-pour-son-reseau-mobile

Cour d’appel de Paris – Décision 23/01145 (TowerCo)
https://justice.pappers.fr/decision/09fba00be11570b73670919cc4b23e5d27c1bcdf

France 2030 – Contrôle des investissements étrangers
https://quantique.france2030.gouv.fr/securite-protection/controle-des-investissements-etrangers/

Relians – Lignes directrices 2025 du contrôle IEF
https://relians.fr/lignes-directrices-2025-controle-des-investissements-etrangers-en-france-ief/

ARCEP – Partage de réseaux mobiles
https://www.arcep.fr/actualites/actualites-et-communiques/detail/n/partage-de-reseaux-mobiles-301025.html

SecuSlice – « Tours télécoms : une question de souveraineté »
https://secuslice.com/2026/01/tours-telecoms-une-question-de-souverainete/

La Tribune – « Orange en quête de clients pour sa filiale Totem »
https://www.latribune.fr/technos-medias/telecoms/orange-en-quete-de-clients-pour-sa-filiale-totem-1028074.html

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